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Le jour où j’ai fait mes adieux à Paris

4 Déc

D’aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours vue vivre à Paris.
Je suis une banlieusarde en vrai, pas une vraie parisienne avec un code postal qui commence par 75. Je suis la fausse parisienne qui connai(ssai)t la ville aussi bien que sa poche, qui avait ses endroits secrets, ses repères, ses fiefs…

Lorsque l’on me demandait d’où je venais, il m’était plus facile de répondre Paris que de m’empêtrer dans des noms de villes de banlieue proche dont tout le monde se fout ou a peut-être déjà entendu parler un temps lors d’un fait divers sanglant ou de rumeurs crapuleuses sur des malversations politiques.

Donc Paris, c’était comme chez moi finalement. Je n’habitais qu’à 7km du premier parisien, à vol de pigeon, j’aurais presque pu lui faire caca dessus tous les matins après mon petit dèj.

Quand j’étais petite, je clamais volontiers que plus tard, je vivrai dans un loft à New-York avec vue sur les gratte-ciel ou dans un petit appartement de Montmartre au rez-de-chaussée avec un tout petit jardin dans une impasse. Dans les deux cas, donc, il me fallait beaucoup d’argent. Mais comme j’avais également prévu d’être écrivain et pianiste mondialement reconnue ainsi qu’institutrice et vétérinaire à mes heures perdues, je pensais que l’argent tomberait du ciel, comme les cacas de pigeons parisiens !

Hey salut touriste !

Et puis la vie est arrivée. Avec son lot de surprises et de découvertes, de difficultés aussi parfois. J’ai donc rencontré mon belge au hasard et la vie s’est chargée du reste.

Quand je l’ai rencontré pour la première fois, je situais bien Bruxelles mais je n’y avais jamais mis les pieds. Par manque d’attrait sans doute, la Belgique ne m’avait jamais vraiment fascinée, ça n’était pas le pays le plus glamour non plus. Ma mère avait eu dans sa prime jeunesse un mariage fâcheux avec un belge et aujourd’hui encore, elle cherche le nom de la ville où elle était venue pour rencontrer sa belle-famille. Dire si ça lui avait marqué l’esprit !
Bruxelles était pour moi ce « plat pays » que Brel chantait (alors qu’en fait il ne chante pas du tout Bruxelles dans cette chanson et ça m’a d’ailleurs valu quelques déconvenues lorsque j’ai dû mettre des grappins sous mes chaussures et prendre des mousquetons au cas où pour monter certaines chaussées bruxelloises). Je savais qu’on y mangeait des frites, du chocolat, qu’on y buvait de la bière tout en disant « une fois » à toutes les fins de phrases. Bref, le summum du cliché.

En gros, j’étais une vraie quiche en Belgitude.

Alleï t’viens on va aller s’prendre des moulfrit’ une fois !

La première fois que j’ai rencontré celui qui allait être mon futur mari, j’étais en terrain connu, il était de passage à Paris, je lui ai dit « allons boire un café !« , je savais où aller, où l’emmener, j’avais matière à l’éblouir avec ma ville, mon chez-moi, je lui avais donné rendez-vous sur les marches de l’Opéra Bastille et nous étions allés dans le Marais déguster une part de tarte. Tout cela m’appartenait, faisait partie de mes habitudes de parisienne et je pensais, à l’époque, pouvoir en profiter toute ma vie de ces rues, de ces quartiers, de cette ambiance.

Et puis j’ai mis les pieds à Bruxelles.

Première constatation : j’ai détesté.
C’était en mars, il pleuvait ce week-end là, ce bordel architectural heurtait mes rétines formatées par les immeubles haussmanniens, j’ai eu du mal à me faire aux multiples sirènes de Chicago des ambulances et de la police, tout me semblait assez sombre, rouge et…nordique. Bref, entre Bruxelles et moi ça n’a pas été le coup de foudre DU TOUT.

Bouuuuh pas belle booooouuuuh ! Tu pues du cul !

J’ai passé un an à faire les allers et retours entre ces deux capitales tant et si bien qu’au bout de cette année à vivre dans mes valises, nous avons décidé que je m’installerai à Bruxelles, plutôt que mon amoureux à Paris. Aussi bien pour des questions de budget que de travail à ce moment-là.
C’est donc un peu à contre-coeur que je quittais ma ville-lumière, celle qui faisait partie de moi, que je chérissais au plus profond de moi-même pour m’installer dans ce trou.

Il m’aura fallu quelques années pour m’habituer, pour apprécier la ville, pour ne pas sans arrêt la comparer comme on compare son nouveau compagnon à un ex dont la rupture n’a pas été entièrement consommée.
Le deuil ne se fait pas en un jour et j’avais jusqu’à il y a encore quelques années l’espoir que l’on puisse un jour revenir vivre à Paris et cette fois avoir un code postal qui commence par 75.

Mais rien qu’en l’écrivant, je prononce « septante-cinq » dans ma tête et non « soixante-quinze »…

Je suis partie à Paris le week-end dernier pour retrouver des amis. Un aller-retour express comme j’en ai l’habitude mais qui cette fois, je ne sais pas trop pourquoi, n’avait pas la même saveur. Peut-être parce que je partais seule sans ma famille ou simplement peut-être parce que Paris ne me fait plus autant vibrer.

J’étais assise dans le Thalys qui avançait et quittait la gare de Bruxelles-midi et j’ai adoré la vue que j’avais. J’ai adoré regarder ces immeubles que je connaissais sur le bout des doigts, j’ai adoré entrapercevoir les coins dans lesquels je me suis promenée maintes et maintes fois, j’ai adoré en découvrir encore de nouveaux que je n’avais jamais remarqués, j’ai adoré ce que je voyais et mon coeur a vibré pour Bruxelles, pour cette ville qui est devenue mienne au fil des ans, malgré tout ce que je détestais au départ, malgré les difficultés que j’ai eues ici pour reconstruire ma vie.

(c) Marc Segond

Bruxelles est MA ville. C’est un constat surprenant et j’en étais la première étonnée. Je suis chez moi ici. Je suis petit à petit tombée amoureuse de cette ville et lorsque des amis viennent de France, c’est avec un plaisir non dissimulé que je leur fais partager nos coins, nos fiefs, nos endroits favoris, nos habitudes.  Et même si c’est parfois encore difficile, même si je râlerai encore très certainement contre elle, je me dis qu’il n’y a pas un pays ni une ville où la vie est complètement sereine.

En arrivant à Paris, ce sentiment a été plus que confirmé : le métro, le RER, les gens, le climat maussade actuel. J’ai assisté en l’espace de 15 minutes à 3 disputes environnantes à la Gare du Nord. Les chemins que j’empruntais ne vrombissaient plus en moi comme avant, il n’y avait plus de plaisir. J’en ai déduit que je n’étais plus amoureuse de Paris.
J’en apprécie toujours autant la beauté et j’aime toujours autant m’y promener. Mais je crois que j’ai définitivement fait mon deuil parisien. Il m’aura fallu presque 8 ans pour arriver à tourner cette page parisienne mais aujourd’hui, je crois que peu de raisons valables me feront revenir un jour et quitter Bruxelles, qui m’a adoptée et que j’ai adopté.

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