C’est décidé, je romps !

24 Juin

Chère vous,

Je sais que je ne vous envoie pas beaucoup de courrier, en général je vous appelle mais il y a sans arrêt un intermédiaire entre nous. Cette distance que vous avez mise dès le départ me mine le moral. La décision dont je vais vous faire part n’a pas été aisée à prendre. Les habitudes qui s’étaient installées entre nous sont dures à déloger et l’idée de recommencer avec quelqu’un d’autre me terrifiait.
Mais la perspective de continuer dans ces mêmes conditions avec vous était insupportable à envisager. J’y ai donc beaucoup réfléchi et ce n’est assurément pas un coup de tête.

Je vous quitte.

Ce n’est pas vous, c’est moi…

Il y a tellement eu de choses entre nous, souvenons nous des bons moments comme ce jour où vous pensiez que j’allais vers une fausse couche, cette échographie, votre visage se rapprochant de l’écran, incrédule, votre doigt pointé sur l’image palpitante et avec un sourire en coin « voyez ça, ce qui clignote, c’est le coeur, il bat« .

Mais il y a aussi eu des choses que je n’aurais jamais du laisser passer à l’époque et qui aujourd’hui me pèsent. La fois où vous m’avez un peu rigolé au nez le jour où je vous ai dit que j’avais une boule au sein, que vous n’avez pas sentie alors que je vous avais dit qu’on ne la sentait que si j’étais allongée sur le côté. M’avez-vous dit de m’allonger sur le côté juste pour vérifier ? Non, vous n’avez rien senti alors que j’étais assise, vous en avez conclu que tout allait bien. J’éviterai de vous rappeler les saignements au sein quelques jours plus tard, la biopsie et la mammographie en urgence, l’attente fébrile et paniquée des résultats (heureusement bénins)…Je ne parlerai pas non plus de votre heure et demi de retard régulière et des 4 mois minimum nécessaires pour pouvoir vous voir. Finalement, ce serait de trop.

Mais peut-être qu’au final vous ne me connaissiez pas si bien que je le pensais. Parce que s’il y a une chose dont je suis sûre, c’est que je me connais et je sais quand quelque chose ne va pas. Et que si je suis assise dans votre cabinet à vous dire que je suis sûre d’avoir un problème, c’est qu’il y a un problème. Je sais que vous êtes médecin et les médecins n’aiment pas que leurs patients aient raison ou leur disent quoi faire mais je pensais qu’après toutes ces années, nous avions appris à mieux communiquer et à se respecter mutuellement.

Je vous quitte aussi car j’ai rencontré quelqu’un d’autre. Il est plus disponible, plus à l’écoute, il y aura peut-être moins de complicité, moins de connivence parce que c’est un homme (et encore ?) mais il m’offre pour l’instant ce que j’attends de lui et ce dont j’ai besoin : il me répond ! Il m’accorde le temps nécessaire ! Il ne rechigne pas pour nos rendez-vous et ne les post-pose pas sans arrêt, lui au moins !

Cela dit, je ne remets pas en question vos compétences, vous avez été très bien. C’est moi qui suis certainement en demande d’autre chose. Autre chose que vous ne pouvez pas ou plus m’accorder. J’ai changé peut-être.
Pourtant je sais que je vous ai aimée ! J’ai accouché dans cet hôpital pour vous, pour que vous puissiez me suivre lors de ma grossesse parce que je ne voyais personne d’autre à l’époque. Je vous étais totalement exclusive, vous étiez l’élue.

Mais vous m’avez déçue. Vous n’avez pas été là. Alors oui vous m’aviez prévenue, si vous étiez de garde tant mieux, si vous n’étiez pas de garde, tant pis. Mais envisage-t-on une relation sur des « si » ? Avec des « si », on mettrait Bruxelles en pinte !

Comprenez-moi, je vous en prie.

C’est pour cela que j’ai annulé notre prochain rendez-vous et que je ne reviendrai pas.

Je vous quitte, ne cherchez pas à me retenir, c’est déjà trop tard.

Repensez juste à nos derniers moments heureux passés ensemble, pas le tout dernier parce que j’ai pleuré ma mère mais ceux d’avant. Je garderai de vous un souvenir ému malgré tout.

Mon utérus vous appartiendra toujours un peu.

 

Bien à vous,

 

Maman Loutre.

 

L’effet que ça fait de retomber sur de vieux dossiers…

 

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2 Réponses to “C’est décidé, je romps !”

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    […] y a 4 ans, je n’ai pas envie. J’ai décidé d’être plus forte que mes médecins, ayant changé de gynéco depuis et celui-ci n’ayant pas trop insisté non plus, je vais sans doute ne pas le faire. Pour le […]

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