{Ca jacasse} – Les nuits de bébé

13 Juin

Voici ma troisième participation à {Ca jacasse}, je rappelle brièvement pour ceux du fond qui n’écoutaient pas la dernière fois : {Ca jacasse} est un rendez-vous hebdomadaire pour les mamans qui leur permet d’évoquer des moments de leur grossesse et leur statut de maman sur un thème donné ! Cette semaine, le thème est « Les nuits de bébé ».

Je vais probablement me faire jeter des cailloux mais notre loupiot a eu la merveilleuse idée de faire ses nuits à 2 mois. Et entre sa naissance et ses 2 mois, il se réveillait maximum 2 fois par nuit et a pris un rythme plutôt confortable pour nous, assez rapidement.

Voilà, allez-y, huez-moi, lynchez-moi, je comprends.

Donc je ne vous parlerai pas de ses nuits, non. Parce que ça risque de vite devenir chiant. Mais je vais vous parler d’une nuit en particulier : la toute première, avec lui.

Mwooooooooooh c’est meugnooooooon scrougnouchinouchabeuleubeuleu.

Il est 21h43, je viens de devenir Maman pour la toute première fois. Tu es là, dans mes bras, tes cheveux plaqués contre ton crâne par un peu de sang, tes yeux grands ouverts et un brin inquiets qui ne comprennent pas bien comment d’un coup on t’a sorti dans cette espèce de salle bizarre avec des rayons qui font mal aux yeux, même s’ils sont tamisés. Tout le reste n’a plus aucune espèce d’importance : la sage-femme la tête entre mes jambes qui nettoie mon utérus et me recoud, Papa qui m’écrase l’épaule avec ses larmes de joie, la gynécologue qui me félicite du travail accompli après 27h de travail. Tu es là. Tu vis. Tu me regardes. Je ne demandais que ça.

Il est 0h15, la sage-femme vient nous chercher pour nous emmener dans notre chambre. Nous serons accompagnés, tu sais. Il y a un autre bébé qui sera là avec sa maman, il ne faudra pas faire trop de bruit. La sage-femme nous installe très trop rapidement, elle somme Papa de vite vite ranger les affaires dans le placard. « Dépêchez-vous, je tiens la porte de l’ascenseur » lui lance-t-elle en quittant la chambre et en éteignant la lumière. Il a juste le temps de déposer mon téléphone près de moi. Quelques paroles rassurantes chuchotées, des yeux froncés par tant de pression, un petit baiser rapide à tous les deux à la lueur de son GSM, un gros pincement au coeur de le voir nous quitter si vite. À cet instant, cette sage-femme est la personne que je hais le plus au monde. Elle n’est jamais revenue et je ne l’ai pas revue de tout mon séjour.

Si un jour je la recroise et que je suis enceinte, jlui fais sa fête…

Il est 1h, tu es toujours dans mes bras. Je suis incapable de bouger, la péridurale a agi uniquement sur mes jambes et la douleur de l’épisiotomie se réveille. Je commence à avoir une crampe aux bras, je n’ose pas changer de position, tu t’es endormi paisiblement. Je ne trouve pas la lumière, je ne sais pas où elle est, je m’éclaire désespérément avec mon téléphone qui n’a presque plus de batterie, je cherche un bouton d’appel, quelque chose qui puisse m’aider à appeler quelqu’un, qui pourra rapprocher le petit lit transparent, placé trop loin de mon lit. Je me sens impuissante dans mon rôle de Maman. Tout ce que je peux faire, c’est te donner un sein bien pauvre quand tu commences à pleurer. Mais pour le moment, tu as l’air de t’en contenter.

Il est 1h30, n’y tenant plus, je décide de réveiller l’autre maman. J’appelle sans trop élever la voix. Heureusement elle m’entend rapidement et se lève. Gentiment elle vient allumer la lumière au-dessus de mon lit et me donne le bouton d’appel qui m’était de toute façon inaccessible, puisqu’enroulé autour d’une barre haute. Je remercie vivement la maman et m’excuse de l’avoir réveillée en pleine nuit alors que son bébé dormait. J’appuie sur le bouton et quelqu’un vient enfin après un quart d’heure.

Ouais j’étais limite, limite quand même…

Il est 3h, après avoir vainement tenté de te coucher dans ton petit lit, ton regard culpabilisateur se fait lourd, je te garde avec moi. Tu es accroché  comme une moule à son rocher et ne lâche pas mon sein, je suis couchée sur le côté et tu têtes comme si j’étais une tétine géante, tu chouines de temps à autre mais tu retrouves le sein rapidement. Je te regarde t’apaiser, je m’assoupis par moments mais j’ai tellement peur de t’écraser que je me réveille en sursaut à plusieurs reprises. Je me sens extrêmement seule alors que tu es là. Je ne te connais pas finalement et tu ne me connais pas si bien que ça non plus. Quand tu me regardes, je me dis que peut-être en plongeant assez profond dans tes yeux, j’arriverais à tout savoir de toi, d’un coup. Je me sens submergée par le poids de la responsabilité. Je n’y avais pas vraiment réfléchi, y réfléchit-on d’ailleurs ? Je crois qu’on fait, simplement. Vais-je y arriver ? Je ne suis pas capable d’allumer une lumière toute seule ! Est-ce que j’arriverais à t’élever comme je l’imagine ? Je m’assoupis sur des larmes et des sourires.

Il est 5h, une infirmière entre dans la chambre pour vérifier je ne sais quoi. Elle me réveille mais toi tu dors paisiblement. Elle voit que j’ai un coussin d’allaitement et me propose de le mettre entre toi et la barrière du lit. C’est une bonne idée, je n’aurais plus peur que tu tombes ! Mais nous avons moins de place et je me colle dos contre l’autre barrière pour que tu ne sois pas submergé par mon corps qui doit te paraître impressionnant ! Elle me dit que je dois essayer de dormir (hôpital…charité, tout ça) et que s’il le faut, elle prend mon bébé pour que je me repose avant le défilé des visiteurs du lendemain. Du repos ? Je ferai mille nuit blanches s’il le faut mais tu ne me prendras pas mon fils. Je te regarde dormir, tu ne bouges pas. J’ai peur qu’il te soit déjà arrivé quelque chose. Que je t’ai étouffé. Dans ma tête, je te supplie de me donner un signe, de bouger, de prendre une grande respiration, un bruit, comme lorsque tu étais dans mon ventre et que je te réveillais pour être sûre que tu étais toujours avec moi, je te suppliais presque de me donner des coups. Tu émets un petit bruit de souris, tout va bien, je souffle.

Paye toi ça à 5h du mat…

Il est 7h, on m’amène un petit-déjeuner. Avec l’aide d’une sage-femme, je te pose un peu dans ton lit transparent, première vraie séparation physique depuis 9 mois, je te mets tout près de moi pour continuer à te voir en mangeant, j’attends impatiemment qu’il soit 10h pour que Papa revienne et que je lui raconte cette toute première nuit avec toi et tellement pressée de voir comment seront les suivantes, à la maison.

Depuis cette première nuit, à chaque fois que je vais me coucher, j’attends ce moment où tu bouges, où tu émets un bruit, où tu chouines qui me prouve que tu es toujours avec moi et c’est ainsi que depuis un peu plus de 3 ans, toutes mes nuits avec bébé démarrent désormais avec ce petit rituel télépathique entre toi et moi, ce petit lien que j’imagine peut-être mais qui me conforte toujours un peu plus dans le fait d’être ta Maman.

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12 Réponses to “{Ca jacasse} – Les nuits de bébé”

  1. Edenlly 13 juin 2013 à 20 h 53 min #

    Je me reconnais dans le petit signe, j’aime moi aussi me rassurer tout comme toi !

    • Maman Loutre 13 juin 2013 à 20 h 55 min #

      Je crois qu’on est beaucoup à faire ça, je me demande si ça s’arrête uniquement quand ils quittent la maison…

  2. Kraoline 14 juin 2013 à 9 h 09 min #

    C’est un moment hors du temps la 1ère nuit avec son tout nouveau bébé! Moi aussi je me souviens de son air un peu effrayé, elle avait l’air toute perdue, alors je l’avais prise près de moi, et elle avait braucoup mieux dormi que moi…Et sinon, oui je suis un peu jalouse quand-même 🙂 (ma fille, à 4 mois, ne fait pas encore ses nuits…)

    • Maman Loutre 14 juin 2013 à 9 h 39 min #

      Tout à fait hors du temps…surtout quand c’est son premier je crois, enfin j’imagine !
      Et désolée pour les nuits incomplètes, nous la toute première nuit complète qu’il a faite (Minuit-8h) c’était chez des amis, et pour en avoir discuté avec plusieurs parents, il paraît que certains bébés dorment mieux ailleurs que chez eux (pourquoi ? grand mystère !). Vous n’avez pas un week-end chez des amis prévus pour essayer ? 😀

  3. Wondermummy 20 juin 2013 à 21 h 20 min #

    Quel magnifique récit ♥

  4. Papapooule 21 juin 2013 à 9 h 56 min #

    Un texte superbe, vraiment émouvant. Tu décris très bien les angoisses d’une jeune maman désemparée, et le coup du « je retiens l’ascenseur » m’a fait halluciné. Je ne comprends pas pourquoi les maternités mettent autant d’entrain à écarter le plus vite possible les pères. Comme si on gênait, qu’on était pas à notre place.

    Ma femme a eu la chance d’avoir une chambre seule, mais j’ai presque du supplier pour qu’on m’y installe un lit de camp. J’ai eu l’air d’un extraterrestre à faire ce genre de demande …

    En tout cas, merci pour ce magnifique récit …

    • Maman Loutre 21 juin 2013 à 10 h 02 min #

      Merci 😀 Nous avons eu la malchance d’avoir une chambre double et évidemment le papa ne pouvait pas rester pendant la nuit dans ces cas-là. Mais il était si tard, je pensais qu’ils allaient bien vouloir faire une exception mais non. Et oui, cette remarque je l’entends encore, j’ai trouvé ça tellement irrespectueux ! On a halluciné tous les deux. Je comprends qu’elle doit suivre le règlement mais on n’était pas à 5min près et il serait parti au final, mais au moins qu’il puisse rester le temps de voir qu’on était bien installés. Lui aussi du coup a passé une nuit très agitée ne sachant pas si tout allait bien pour nous. C’était vraiment une mauvaise surprise ! Toujours est-il que si prochaine fois il y a, on a pris une assurance hospi qui normalement nous garantit la chambre seule. Et on change de maternité aussi 🙂

  5. Veronique 21 juin 2013 à 13 h 16 min #

    Merci pour ton beau récit, c’est vrai que la toute première nuit est vraiment bouleversante. Et la mienne remonte à 4 mois, alors encore très fraîche dans ma mémoire. Mais dans la maternité où j’ai accouché ils ont été super sympa avec le papa qui a pu rester aussi tard qu’il voulait (et qui est même revenu à 23h m’apporter le coussin pour pouvoir le mettre entre la poupette et la barrière).

    • Maman Loutre 21 juin 2013 à 13 h 25 min #

      Merci bcp 🙂 Quelle chance dis que le papa ait pu rester et aller et venir, je trouve que c’est tellement normal, le papa fait tout autant partie de cet évènement, il se doit d’être là sans qu’on le vire à coups de pieds aux fesses !

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    […] La semaine dernière j’ai eu l’immense honneur d’être élue Reine de la semaine pour la dernière mouture {Ca jacasse} sur les nuits de bébé. […]

  2. …et bêtement, je me suis excusée. | Maman, Loutre et Bruxelloise - 26 novembre 2013

    […] même maternité où on me laissera dans le noir dès mon arrivée pendant des heures, d’où on renverra mon ma…, où personne ne m’a jamais soutenue malgré un démarrage d’allaitement difficile à […]

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